Participation au colloque « 18th Biennial ACQS Conference », Sarasota, 9 novembre 2012

Conférence d’Alexandre Turgeon

Critique de la Grande Noirceur. Quelques considérations sur le rapport au passé des Québécois 

Les mythistoires de la Grande Noirceur et de la Révolution tranquille comptent parmi les plus puissants qu’ait connus la société québécoise. Ils articulent une conception dichotomique du passé québécois où l’année 1960 apparaît comme une fracture. Les morts successives de Maurice Duplessis et de Paul Sauvé, suivies de l’élection de Jean Lesage et de son « équipe du tonnerre », scellent dans l’imaginaire collectif l’idée d’une rupture nette entre deux temps et deux mondes. La Révolution tranquille met fin aux sombres années de la Grande Noirceur, sorte d’Ancien Régime québécois. De nos jours, il n’est pas rare de voir la Grande Noirceur être mise à l’ordre du jour dans l’espace public, notamment en période électorale.

Cette présence de la Grande Noirceur dans le discours social pose problème pour les historiens. Ils considèrent que cette représentation caricaturale du passé québécois ne saurait rendre compte de manière appropriée du Québec d’avant 1960. D’où leurs tentatives répétées afin de dépasser, de se passer de la Grande Noirceur. Pour y parvenir, trois voies sont empruntées : rejeter la Grande Noirceur en bloc en niant son côté rétrograde à la manière d’Éric Bédard; l’arrimer solidement à la Révolution tranquille, dont elle serait en quelque sorte la mère pour le dire avec Lucia Ferretti; élargir enfin les bornes chronologiques de la Révolution tranquille, de manière à l’englober, vaste projet auquel se consacre Yvan Lamonde. Fort différentes l’une de l’autre, ces voies ont néanmoins en commun qu’elles relèvent de la tabula rasa mémorielle en ce qui a trait à la Grande Noirceur, en niant tout autant son existence et sa présence, mais aussi ses fonctions et son rôle dans la société québécoise depuis l’après-guerre.

C’est précisément sur ces éléments que portera cette communication. Nous nous proposons, en fait, de faire de la Grande Noirceur – représentation aussi imparfaite soit-elle du passé québécois – notre objet d’étude. Un objet qu’il nous faudra, dans un premier temps, définir. Qu’est-ce que la Grande Noirceur? Que représente-t-elle? Qu’est-ce que la Grande Noirceur peut nous apprendre sur le rapport au passé des Québécois? Et que faire de la Grande Noirceur, aujourd’hui? C’est ce que nous comptons approfondir dans cette communication.

Conférence de Jocelyn Létourneau et Raphaël Gani

Words of Nation. Quebec in Comparison with US, UK, France and Canada

Une enquête menée à l’automne 2011 nous a permis de recueillir, auprès de plus de 4 000 répondants provenant des États-Unis, du Royaume-Uni, de France et du Canada-Québec, de courtes phrases faisant état de la représentation qu’ils préconisaient de l’histoire de leur pays. L’analyse de ces phrases – et des mots-clés autour desquels elles orbitent – nous renseigne sur la façon dont les Américains, les Britanniques (Anglais et Écossais surtout), les Français, les Canadiens et les Québécois dépeignent leur nation ou se la figurent dans la conjoncture actuelle. La mise en comparaison des phrases et de leurs mots-clés nous informe des différences et des similitudes existant dans les modes de représentation du Nous au sein de cinq sociétés occidentales. Il semble qu’il existe, dans chaque société, un répertoire de mots-vedette définissant les contours d’une représentation collective de Soi. Quels sont ces mots-vedette – sortes de lexique par lesquels les nationaux se révèlent à eux-mêmes et se disent aux autres – tel est l’objet de cette communication originale qui servira à révéler les premiers résultats d’une recherche inédite.

Presentation to be made in english.

Programme du colloque