Monthly Archives: novembre 2012

Clio en crise? Trois défis à l’interrogation historienne contemporaine

Voici une article de Jocelyn Létourneau au sujet de l’épistémologie de l’histoire.

Létourneau, Jocelyn, «Clio en crise? Trois défis à l’interrogation historienne contemporaine», Edad Media, Revista de Historia [Espagne] 9 (2008), p. 87-103.

RÉSUMÉ: Dans cet article, l’auteur réfute l’idée selon laquelle l’histoire, comme démarche d’investigation de la condition humaine dans le temps, connaît une crise. Il parle plutôt des défis qui marquent l’interrogation historienne actuelle. Écrire une histoire «juste» du passé, élaborer une métaphore de (com)préhension du monde qui permette de le saisir comme une grande structure dissonante, et reformuler la question de la relation du je au nous de manière que ni l’autonomie du sujet, ni son désir de complétude sociale, ni la prégnance des systèmes sur lui ne soient disputés, comptent assurément parmi les défis majeurs qui se posent aux historiens.

MOTS CLÉS: Crises de l’histoire. Défis à la discipline historique. «Juste» histoire. Métaphores de la dissonance. Relation paradoxale du soi au nous.

ABSTRACT: In this article, the author refutes the idea that history, as an investigation of the human condition over time, is in crisis. He addresses instead the challenges facing historians. To write a “just” account of the past; to craft a metaphor that grasps the world in its dissonance; and to rethink the relation between the self and the “we” in a way that neither the autonomy of the subject nor its will to participate in the society is disputed, are among the most important problems historians currently have to deal with.

KEYWORDS: Crisis of History. Challenges faced by historians. «Just» account of the past. Metaphors of dissonance. Paradox of the self and the «we».

RESUMEN: En este artículo, el autor rechaza la idea según la cual la historia, como método de investigación de la condición humana a lo largo del tiempo, conoce una crisis. Habla, esencialmente, de los desafíos que caracterizan la pregunta actual de la historia. Escribir una historia “justa” del pasado, elaborar una metáfora de aprehensión del mundo que permita entenderlo como una gran estructura disonante, y reformular la cuestión de la relación del yo con el nosotros –de modo que ni la autonomía del sujeto, ni su deseo de completitud social, ni la fuerza de los sistemas sobre él sean discutidos– se encuentran seguramente entre los mayores desafíos que se les plantean a los
historiadores.

PALABRAS CLAVE: Crisis de la Historia. Desafíos a la disciplina histórica. Historia «justa». Metáforas de la disonancia. Relación paradójica del «yo» con el «nosotros».

L’histoire du Québec racontée par les élèves du secondaire

Voici un article concernant les jeunes Québécois et leur récit de l’histoire du Québec.

Létourneau, Jocelyn & Christophe Caritey, « L’histoire du Québec racontée par les élèves du secondaire. L’impact apparent du cours d’histoire nationale dans la structuration d’une mémoire historique collective des jeunes Québécois »Revue d’histoire de l’Amérique française, 62, 1 (été 2008), p. 69-93.

Résumé

Les jeunes, que l’on dit amnésiques et déficitaires sur le plan de la culture historique, ne sont pas sans posséder une certaine vision de l’histoire du Québec. Quelle est cette vision ? Est-elle différente selon que l’on est francophone, anglophone ou allophone ? Évolue-t-elle après que les jeunes aient suivi le cours d’histoire nationale ? Quelle est l’importance effective de ce cours dans la structuration d’une mémoire historique collective chez les jeunes Québécois ? Voilà autant de questions abordées dans cet article, premier résultat d’un grande recherche en cours.

Abstract

Young people, who are accused of being woefully uninformed when it comes to historical culture, are not without a certain vision of Quebec history. What is that vision ? Does it vary according to whether someone is francophone, anglophone or allophone ? Does it evolve after a young person has taken the national history course ? What is the real importance of this course in structuring a collective historical memory among young Quebeckers ? Such are the questions discussed in this article, which is the first result of a larger, ongoing research project.

La mémoire québécoise pour les nuls

Voici une lettre d’opinion par Raphaël Gani et publiée depuis hier sur le site web du journal La Presse.

«Malheureusement, trop de Québécois semblent croire que leur passé se résume à une désespérante ‘Grande noirceur’, sans grand intérêt pour le présent et pour l’avenir. Grave erreur… » Ce diagnostic sévère provient de l’historien Éric Bédard, en introduction de sa récente synthèse L’Histoire du Québec pour les nuls.

Depuis plusieurs années, Éric Bédard, comme d’autres, répète sous différentes formes ce diagnostic. Or, de quels Québécois parle-t-on ici ? Quels sont les preuves et le barème pour déterminer que trop de Québécois ont une mémoire collective atteinte du syndrome de la Grande noirceur ?

Il n’y a pas de preuves concrètes qui valident ce diagnostic dans les travaux de M. Bédard, notamment dans son récent essai sur le rapport au passé des Québécois. Il manque à l’appel des citations de Québécois « ordinaires » résumant le passé comme une désespérante Grande noirceur, sans grand intérêt pour le présent et pour l’avenir. Paradoxalement, même si la mémoire collective québécoise semble malade, M. Bédard l’utilise comme base de son Histoire du Québec pour les nuls, qui est « une synthèse des faits marquants de l’histoire du Québec. Du moins, ceux retenus par la mémoire collective. »

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La question nationale enseignée au secondaire : pas d’unanimité chez les profs

18 nov. 1959, Québec : ouverture de la session parlementaire de Paul Sauvé. Pour en savoir plus…

18 nov. 1959, Québec :

  1. Ouverture de la session parlementaire de Paul Sauvé.
  2. Première diffusion de l’ouverture d’une session à la télé. La transmission est assurée par Radio-Canada.

Pour en savoir plus…

Turgeon, Alexandre, Introduction historique – 4e session de la 25e Législature (du 18 novembre 1959 au 18 mars 1960), Débats reconstitués de l’Assemblée législative, Assemblée nationale, Québec, 2010, p. vii-xlviii.

Turgeon, Alexandre, Pour s’assurer une place dans l’histoire. Paul Sauvé et la lutte à la corruption (1959), HistoireEngagée (Février 2012).

Participation d’Alexandre Turgeon à l’émission Figures de la démocratie – Paul Sauvé, Assemblée nationale du Québec, 27 juin 2011.

 

Politiciens, médias et cynisme politique des citoyens, d’Olivier Côté

Olivier Côté a obtenu son doctorat en histoire à l’Université Laval en 2011, après avoir fait ses études doctorales sous la supervision de Jocelyn Létourneau. Pour l’année 2011-2012, Olivier a été récipiendaire de la bourse de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant, qui s’accompagne d’un stage d’un an à l’Assemblée nationale du Québec. À la conclusion de ce stage, Olivier a produit un rapport de recherche. Le 12 novembre dernier, ce rapport de recherche, intitulé Politiciens, médias et cynisme politique des citoyens, a fait l’objet d’un compte-rendu par Stéphane Baillargeon du journal Le Devoir. Nous reproduisons ici un extrait de ce compte-rendu.

Certains détails révèlent l’essentiel. Le 11 novembre 1962, il y a tout juste 50 ans, lors du premier débat des chefs télévisé de l’histoire canadienne, le spectateur a vu à cinq reprises Daniel Johnson père, de l’Union nationale, tenter de couper la parole à son homologue libéral Jean Lesage, même si son propre micro était fermé, comme le voulait alors la règle du jeu.

En 2003, pendant le débat d’une durée similaire, les adversaires Mario Dumont (ADQ), Jean Charest (PLQ) et Bernard Landry (PQ) se sont mutuellement interrompus à 175 reprises. Ce qui fait 35 fois plus. Ce qui fait aussi beaucoup pour résumer la dérive sauvage, agressive et non policée des débats politiques dans notre société hypermédiatisée.

Le drôle de compte a été fait et bien fait par le jeune historien Olivier Côté, docteur de l’Université Laval, spécialiste de la mise en récit de l’histoire à la télévision, pour une recherche publiée ce printemps dans le cadre d’un stage réalisé à l’Assemblée nationale grâce à la Fondation Jean-Charles Bonenfant. « Pour moi, l’agressivité croissante des échanges contribue à étendre l’attitude désabusée, surtout de la part des citoyens moins intéressés par la politique, explique M. Côté en entrevue téléphonique au Devoir. J’avais à produire un essai et j’ai donc voulu comprendre en quoi le discours politique et la couverture médiatique de ce discours génèrent du cynisme. »

Vaste sujet. L’étude intitulée Politiciens, médias et cynisme politique des citoyens s’appuie donc sur la comparaison du discours politique et des couvertures médiatiques des débats des chefs québécois de 1962 et 2003. Dans les deux cas, les échanges ont réellement compté en renversant des tendances de l’électorat. « Je suis parti d’un monde qui commence à intégrer la télé à un autre où le dispositif médiatique est beaucoup plus élaboré. Il faut comprendre qu’en 1962, la télé devient un média de masse. Ce média a changé le rapport à la politique. »

Pour lire la suite de l’article

Autres lectures

Côté, Olivier, Politiciens, médias et cynisme politique des citoyens. Analyse comparative du discours politique et des couvertures médiatiques des débats des chefs québécois de 1962 et de 2003, Rapport de recherche pour la Fondation Jean-Charles-Bonenfant, Assemblée nationale, 30 avril 2012, 61 p.

Côté, Olivier, Mise en récit du passe a la télévision canadienne : production, articulation télévisuelle et réception du docudrame de la CBC/Radio-Canada Canada : A People’s History/Le Canada, une histoire populaire (1995-2002), Thèse de doctorat, Département d’histoire, Université Laval, 2011, 544 p.

Par ailleurs, nous félicitons Olivier pour l’obtention récente d’un poste permanent de professionnel de recherche/conseiller en développement culturel au Ministère de la Culture et des Communications.

Séminaire de Jocelyn Létourneau à l’hiver 2013 : les Québécois et leurs passés

Jocelyn Létourneau donnera à l’Université Laval durant l’hiver 2013 un séminaire intitulé les Québécois et leurs passés (HST-3900). Celui-ci est exclusivement réservé aux étudiants du Baccalauréat en enseignement secondaire – univers social (histoire et géographie). Voici le syllabus de ce séminaire.

HST-3900 Séminaire : Québec-Canada (1763 à nos jours)
Les Québécois et leurs passés

Hiver 2013

Responsable : Jocelyn Létourneau

Objectifs

  1. Introduire les étudiants à un domaine d’études et de réflexion des plus enlevants qui se situe aux frontières de trois disciplines : l’histoire, l’éducation et la science politique.
  2. Permettre aux étudiants d’aborder un ensemble de sujets sensibles qui touchent à la représentation du passé dans le contexte de la production de la société sous l’angle de la cohésion collective et du vivre-ensemble.
  3. Découvrir comment l’histoire et l’historien sont au cœur des luttes idéologiques qui traversent la société.
  4. Permettre aux étudiants de réfléchir sur la fonction sociale de l’histoire et la nature du métier d’enseignant.

Contenu

Est-il vrai de dire que les Québécois, les jeunes notamment, ne s’intéressent pas au passé de leur société ? Que l’enseignement de l’histoire, réorganisée dans le cadre du cours Histoire et éducation à la citoyenneté, souffre d’une rectitude politique de mauvais aloi ? Dans le contexte de ce qu’a été – et de ce qu’est en train de devenir – la société québécoise, quelle histoire proposer du passé collectif ? Pareille question a-t-elle simplement du sens du point de vue de la science historique ? Comment interpréter la démarche menée par certains groupes dans la société pour que davantage d’histoire politique et nationale soit enseignée en classe ? Que penser des initiatives gouvernementales, par exemple celle du gouvernement fédéral avec l’« Événement 1812 », pour créer par l’histoire du sens commun dans la société ? Voici le genre de sujets qui seront touchées dans le cadre du cours dont l’objet premier est d’aborder, sous plusieurs de ses angles, la question délicate de la mise en sens du passé, à travers l’histoire qu’on en fait et que l’on transmet aux jeunes et au public en général, dans la société contemporaine du Québec.

Fonctionnement

Exposés magistraux ; discussion et débats en classe autour de textes obligatoires ; invités.

Évaluation

Travaux courts. Examen.

Bibliographie

Une bibliographie sera remise en début de cours. Prévoir l’achat de volumes (100 $ env.).

Two articles by Jocelyn Létourneau about the historical consciousness of young Quebecers

Here are two articles by Jocelyn Létourneau about the historical consciousness of young Quebecers.

It is usually thought that young people, for different reasons, know very little about history. Bodies like the Dominion Institute of Canada, for instance, have commissioned multiple polls over time to show that, when questioned about features of the past, young people, mostly students, would be unable to answer correctly more than two or three times out of ten. In Quebec as well, we find numerous studies showing the lack of empirical knowledge among young people about the history of the province or of the nation – whatever you choose to call it. Summing up this catastrophic state of affairs, one publication was even titled Trou de mémoire.

My feeling is that we must be careful about polls that try to measure the level of empirical knowledge possessed by students. In that game, even professional historians may lose their shirts, their skirts, or, worse, their reputation. Personally, I’ d be afraid to be tested in a poll. l’m sure I would perform badly! Does this mean l’m without a knowledge or even impressions of the past? Not at all. It is the same with young people. When, instead of testing them about specific details of the past, you ask such putative ‘green minds’ to account for the history of Quebec, you find that they know quite a lot of things. You also find that they can account for the history of Quebec in a pretty coherent manner. This account may be not as sophisticated as yours and mine. But still, we are far from a trou de mémoire, and far also from a confused or senseless account of the past.

Létourneau, Jocelyn, “Remembering Our Past. An Examination of Young Quebecer’s Historical Memory”, Ruth Sandwell, dir., To the Past : History Education, Public Memory, & Citizenship in Canada, Toronto, University of Toronto Press, 2006, p. 70-87.

When young, fifteen to twenty-five-year-old Quebeckers of French-Canadian heritage attending secondary school, college, or university are asked, without prior warning, to tell the history of Quebec since its beginnings, this is, broadly, what they all write:

– In the beginning, there were people who had come from France. They lived a fairly rudimentary, but peaceful, life, in a world they were building together in French. They suffered under the twin annoyances of a colonial regime and a mercantile system, but felt no need to rebel against the mother country. They traded with the indigenous people, and gradually became aware of the considerable economic potential of the patch of America they inhabited. They suffered few internal conflicts, continued to be dominated by French interests, but did not have to fight to preserve their rights or their tongue.

– Then came the Great Upheaval, touched off by the 1759 Conquest of New France by the British. Thus began the francophones’ history of unending struggle to emancipate and liberate themselves from continual attempts at assimilation, whether warlike or underhanded, inflicted on them by the anglophones. From the Quebec Act (1774) to the Quiet Revolution (1960), the dynamics of conflict frames all the milestones of Quebec history, with one side seeking to assert itself and the other ruling with a carrot or a stick.

– The 1960s brought the newly invigorated Quebeckers’ collective Great Awakening. They plunged steadfastly into modern life and put a healthy distance between themselves and their former perceived identity and ways of being, readily summed up under a triple caption: agriculturalism, messianism, and anti-democratism. They opened their doors to the world, shook off the English yoke, freed themselves from a federal government that had been a preferred instrument of control ever since the war, and set about taking back their collective destiny. Jean Lesage, and particularly René Lévesque, are seen as key players in this shift, facilitating collective action and redeeming the group’s shared history.

– For various reasons, particularly because the people of Quebec are divided over their future and because there are forces, particularly the federal government, that are frustrating its advent, this future burgeoned during the Quiet Revolution (the liberation of the people of Quebec and the sovereignty of Quebec) only to be stymied by the 1980 and 1995 referendums. Then came a period of uncertainty, the search for a gateway into the future, and maybe even a stab, albeit ambiguous, at redefining Quebeckers’ self-identity.

Létourneau, Jocelyn & Sabrina Moisan,“Young People’s Assimilation of a Collective Historical Memory. A Case Study of Quebeckers of French–Canadian Heritage”, Peter Seixas, dir., Theorizing Historical Consciousness, Toronto, University of Toronto Press, 2004, p. 109-128.

Le passé québécois en images…

D’après-vous, quelles images sont associées au passé et à l’identité québécoise?

Nous vous invitons maintenant à donner votre avis! Faites votre choix parmi une sélection de 60 images… et propagez l’exercice dans vos réseaux.

 

Cliquez pour participer au sondage et en apprendre un peu plus sur votre passé!

Source : Blogue du Musée de la civilisation, à Québec

“But before we start to make changes, we should have more studies on what students learn in class now.”

La journaliste du journal The Gazette Janet Bagnall cite dans son article du 6 novembre les propos de Jocelyn Létourneau au sujet des possibles changements à l’enseignement de l’histoire au secondaire.

Jocelyn Létourneau, Canada Research Chair in Quebec Contemporary History at the Université Laval, added that there is virtually no reliable information on what history teachers actually say in class. “They are bound by the course objectives,” he said. “But before we start to make changes, we should have more studies on what students learn in class now.”

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