«Comment travailler la mémoire sur Twitter. Quelques réflexions d’ordre méthodologique», 41e colloque annuel international de l’Association française d’études canadiennes. Mémoire(s) canadienne(s), Rennes (France), 12-15 juin 2013.

Conférence à venir d’Alexandre Turgeon.

Ces derniers mois au Québec, alors que la grève générale étudiante battait son plein, suivie d’une campagne électorale mouvementée, un phénomène pour le moins fascinant s’est produit sur Twitter, que j’appelle la Révolution tranquille 2.0. Ils ont été plusieurs centaines, voire quelques milliers d’utilisateurs à évoquer sur Twitter le souvenir de la Grande Noirceur et de la Révolution tranquille. Du 16 mai au 12 septembre 2012, j’ai relevé plus de 6 000 tweets qui traitent de l’une ou de l’autre. Dans le cadre de la campagne électorale qui s’est terminée le 4 septembre, tous les partis ont contribué à ce phénomène, les uns dénonçant la Grande Noirceur, ce moment de stagnation nationale, les autres se réclamant de la Révolution tranquille, comme moment d’affirmation nationale. À un point tel où le patrimoine de la Révolution tranquille est devenu un enjeu de la campagne électorale. Durant les débats des chefs, François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec, a d’ailleurs reproché à Jean Charest, chef du Parti libéral du Québec et premier ministre sortant, d’avoir « trahi l’héritage de Jean Lesage », celui-là même qui a fait la Révolution tranquille. Dans la même veine, François Legault affirmait que le Québec a besoin « d’un gouvernement nationaliste dans la tradition de Jean Lesage ».

M’intéressant aux questions entourant la Grande Noirceur et la Révolution tranquille, la mémoire et les usages du passé, l’envie me prit d’étudier de plus près ce phénomène. En ramassant ainsi les données sur mon propre compte Twitter, j’ai pu constater, d’entrée de jeu, qu’il n’y avait pas une seule et unique mémoire de la Révolution tranquille. Il fallait plutôt parler de différentes mémoires de cet événement fort, fondateur du Québec moderne dans l’imaginaire. Outre ces premières considérations sur la Révolution tranquille 2.0 elle-même, et sa présence vigoureuse et récurrente dans les débats électoraux, j’ai été à même de constater à quel point les médias sociaux, Twitter en particulier, étaient un véhicule, un média privilégié pour étudier ces questions sensibles touchant à la mémoire, aux usages du passé et au rapport au passé. Limités à seulement 140 caractères, les utilisateurs se doivent d’être synthétiques, de faire court, d’aller à l’essentiel. D’où le recours, dans le cas présent, à ces images fortes, symboliques, de la Grande Noirceur et de la Révolution tranquille. Or, un problème de taille se pose. Comment travailler la mémoire sur Twitter?

Partant de ma propre expérience, je compte répondre à cette question dans le cadre de ce colloque. Du moins, apporter des pistes de réponse en livrant quelques réflexions d’ordre méthodologique. La chose n’est pas aisée. Avant de travailler la mémoire sur Twitter, encore faut-il savoir travailler sur Twitter, c’est-à-dire connaître ce média, ses mérites autant que ses limites, ses qualités autant que ses imperfections. En menant cette recherche, j’ai été confronté à certaines difficultés, à des impairs, à des problèmes inhérents à Twitter qui concernent tant la recherche par mots-clés, la collecte même des données, la conservation de celles-ci et, enfin, leur contamination. Alors que le champ de la « Digital History » est en pleine expansion, et que Twitter retient de plus en plus l’attention des chercheurs, il me semble toutefois nécessaire d’y aller avant tout d’une réflexion méthodologique sur le média, afin d’éviter ces pièges qui guettent les chercheurs. C’est ce que je compte faire dans cette communication.

Voir aussi : « Le patrimoine de la Révolution tranquille : un enjeu de la campagne électorale », Le Devoir, 8 août 2012, p. A9.