Maria Neagu gagne le prix THEN/HiER 2012

Madame Maria Neagu, qui a complété la thèse à l’Université Laval en 2011, (Conjuguer la nation au passé : Mémoire et identité dans les manuels d’histoire moldaves, 1918-2006; Jocelyn Létourneau, directeur), s’est vue attribuer le prix THEN/HiER 2012 pour les publications. Dans cette étude remarquablement bien élaborée et rédigée, Madame Neagu présente une recherche  convaincante sur les volumes scolaires et les programmes moldaves qui permet de mieux comprendre comment ces documents officiels produisent des conceptions particulières de la nation au sein de la population. Toutes nos félicitations !

Source : http://www.thenhier.ca/fr/content/prix-thenhier-pour-les-publications

Voici un résumé de la thèse de Maria Neagu.

S’appuyant sur un corpus de programmes et de manuels scolaires d’histoire moldaves ayant circulé dans les écoles de 1918 à 2006, notre thèse amorce une réflexion exploratoire sur la question des usages du passé aux fins de la construction d’une identité nationale. Elle se propose de montrer que, par l’entremise de la production scolaire d’histoire, les pouvoirs en place – roumains, soviétiques et moldaves – ont cherché à livrer au jeune citoyen moldave l’image salutaire d’un projet national unificateur.

Les deux premières parties de la thèse retracent le contexte géohistorique général et les dynamismes sociétaux sous-tendant les efforts politiques de définition d’une communauté nationale en Moldavie. Dans les trois parties suivantes, nous inventorions les mécanismes discursifs mis en oeuvre afin de construire, sur le mode des mythes fondateurs, les referents identitaires de la collectivité locale, ainsi appelée à se penser « roumaine », « soviétique » et « moldave ».

L’analyse rigoureuse des sources permet de distinguer deux grands récits historiques qui s’opposent au chapitre des références identitaires des Moldaves. Le premier, né dans la Roumanie de l’entre-deux-guerres qui incorpore la Moldavie, met en évidence les fondements symboliques qui lieraient les Bessarabiens à la culture, à la langue et aux traditions roumaines. Le second, conçu en RASSM et repris après la Deuxième Guerre mondiale dans le cadre de la république soviétique socialiste moldave, valorise une nation moldave distincte et historiquement vouée à l’aventure communiste. La thèse s’achève sur l’analyse de la période postcommuniste, constatant qu’à cette étape, la production historique s’actualise en dupliquant les discours qui l’ont précédée.

Ces deux récits contradictoires et leur cohabitation tendue dans l’espace scolaire permettent de saisir les signes d’un débat de société qui touche à la pluralité des mémoires et aux multiples interrogations identitaires parcourant la société moldave contemporaine. De fait, la Moldavie exprime, dans son effort de transition postcommuniste, le besoin implicite d’attribuer de nouvelles significations à son existence collective, déclinée dès lors au prisme du « nous » et de l’« autre ». Le retour à l’histoire figure comme but et moyen de cette entreprise d’ingénierie nationale.

Lien vers la thèse.