À propos

Inaugurée en septembre 2001, la Chaire de recherche en histoire et économie politique du Québec contemporain a pour objectif l’étude de la collectivité québécoise au chapitre de ses conditions d’épanouissement et du devenir de son identité historique, dans le contexte actuel de mondialisation et d’interculturalité.

Le programme scientifique de la Chaire tourne autour de trois axes principaux :

a) L’étude systématique de la collectivité québécoise contemporaine

Le développement de cet axe apparaît comme un préalable à tout examen ultérieur de la condition québécoise contemporaine. L’objectif, ambitieux, est d’amorcer, pour ce qui est du Québec actuel, un travail de conceptualisation semblable à celui qui avait été fait, au début des années 1960, à propos de la société globale canadienne-française. À bien des égards, le saisissement intellectuel du Québec contemporain nécessite en effet de renouveler, en partie du moins, le bassin de concepts et de notions par l’entremise duquel est envisagée et appréhendée l’aventure québécoise. Sous ce rapport, la chaire entend devenir un lieu d’exploration savante précisément orientée vers la régénération de ce que l’on pourrait appeler l’«épistémè québécoise», sorte de matrice d’interprétation historiquement datée de l’expérience historique québécoise, et ce en vue d’inventer un nouveau paradigme scientifique propre à accueillir plutôt qu’à refuser la singularité et la complexité de l’aventure historique québécoise.

b) Le Québec : Les lieux de passages

Cet axe, dont le chantier s’inspire, tout en s’en distanciant, de la problématique des lieux de mémoire telle que développée par l’historien français Pierre Nora, sera de voir comment la collectivité québécoise passe actuellement à l’avenir.

Toute collectivité se situe en effet dans un rapport simultané de reconnaissance et de distance par rapport à elle-même. Prise entre ses rappels et lieux de mémoire, d’un côté, et ses errances et lieux d’exil, de l’autre, la collectivité se meut, avec plus ou moins d’ampleur et selon l’intensité des luttes socio-politiques qui l’agitent, vers un ou des ailleurs identitaires qui ne peuvent être que très difficilement anticipés. Au fond, une collectivité n’existe toujours empiriquement que comme un lieu de passages. En travail continuel sur elle-même, la collectivité est amenée, par l’action de ses sujets, à se recomposer sous des formes et des agencements tout à la fois connus (enracinements) et nouveaux (métamorphoses). À cet égard, la collectivité est comme emportée par un mouvement de gains et de pertes de références (ou de sens identitaire) qui la fait se transformer sans se liquider. Ce «travelling sociétal» rend possible la réactualisation de la collectivité. Faute d’une telle mouvance, celle-ci aurait en effet tendance à se fixer dans des matrices identitaires qui l’amèneraient à se pétrifier ou se folkloriser, c’est-à-dire à disparaître dans une mémoire d’elle-même. L’idée de réactualisation suppose toutefois que la mouvance sociétale n’est pas complète errance vers un ailleurs, ce qui pourrait être égarement et donc, de nouveau, étiolement de la collectivité, cette fois dans la transmutation d’elle-même. Le grand défi des collectivités n’est pas de se réfugier dans la mémoire ou de s’abandonner à l’exil, mais de réaliser l’opération de passage (vers un autre état sociétal ou identitaire) sur un mode aussi lucide et porteur que possible.

Comment la collectivité québécoise passe-t-elle à l’avenir à l’heure actuelle ? Dans quelle mesure le Québec, comme collectivité inspirée et marquée par toutes les sirènes de notre temps, réactualise-t-il son répertoire de références sans pour autant se départir des héritages qui l’ont historiquement constitué ? Entre ces mémoires qui font encore le Québec et ces dépaysements vers lesquels il s’aiguille aussi, quels sont les lieux de passage par où la collectivité québécoise transite pour rester et devenir tout à la fois ? Telles seront les questions abordées dans le cadre de cet axe qui donnera lieu à deux modes complémentaires d’investigation théorique : inventer un répertoire de concepts qui permette de penser et de saisir les sociétés et les cultures comme passages, soit comme mémoire et distance, entrées et sorties, gains et pertes, délaissements et apprivoisements, plutôt que comme matrices ou creusets, c’est-à-dire comme structures stables se reproduisant dans le temps empirique : identifier et analyser les lieux de passage par où il apparaît que la société québécoise se remet en cause, travaille sur elle-même au chapitre de ses représentations, se distancie d’avec ses états d’êtres antérieurs, réalise sa métamorphose tranquille ou rapide et change de figure(s) sans se dissoudre dans une espèce de confusion identitaire.

c) Mondialisation et identité historique des petites collectivités

Il s’agira, en comparant différentes situations de petites collectivités aux conditions politiques diverses, en exercice ou en demande d’autonomie ou de souveraineté, d’examiner sous cet axe la panoplie des stratégies utilisées par les unes ou les autres pour se créer, envers et contre les logiques massificatrices et intégratives de notre temps, des marges de manœuvre et des espaces d’épanouissement au sein des grands ensembles.

Sous cet axe seront notamment abordées deux questions importantes qui restent ouvertes à la recherche québécoise :

La quête d’affirmation québécoise, hier et aujourd’hui : continuité et rupture. À partir du concept de quête d’affirmation québécoise, lequel est beaucoup plus large, fluide et englobant que celui de nationalisme québécois, l’ambition sera de réinterpréter le mouvement d’émancipation et d’épanouissement historique des Québécois en tenant compte des équivoques qui n’ont jamais cessé de le caractériser et en assumant aussi le fait que cette quête d’affirmation n’a jamais été unidirectionnelle ni focalisée autour d’un objectif fixe et unique.

Penser le Québec dans le paysage canadien. L’intention sera ici d’ouvrir un espace de questionnement qui reste largement en friche, soit celui de penser le rapport Québec-Canada en tablant sur l’idée de l’ambivalence québécoise et de la dissonance canadienne ou, ce qui revient au même, en tâchant d’explorer les potentialités inhérentes au concept et à la pratique de la candianité, concept que l’on distinguera de ceux de canadienneté et de canadianisation.

RESEARCH INVOLVES

Studying Quebec society in terms of the conditions needed for it to grow and flourish, and the evolution of its historical identity in the context of globalization.

RESEARCH RELEVANCE

Will help to better identify the challenges facing modern-day Quebec.

UNDERSTANDING QUEBEC SOCIETY IN ITS MODERN-DAY CONTEXT OF CHANGE

In a world undergoing massive change, small communities must overcome enormous challenges, especially with regard to the conditions they need to grow and flourish and the evolution of their historical identities. Quebec is a particularly fascinating laboratory for researchers interested in studying identity processes at work in modern societies open to intercultural realities and the challenge of globalization. It will be the objective of this chair to find a new approach to examining Quebec society in the modern-day context of change.

Jocelyn Létourneau, a professor at Université Laval, will hold the chair. An expert in interpreting Quebec history, examining relations between Quebec and Canada and analyzing modern-day Western societies, Mr. Létourneau is one of Canada’s most original historians and intellectuals. His work focusses mainly on community memory and community perceptions of identity. His research has a broad international dimension because, around the world, community memory determines how communities relate to each other and perceive their future.

A committed researcher, concerned in particular with the issue of the role of intellectuals in society, he participates in current scientific debates in the fields of history and the social sciences, as well as in the debates on identity in Quebec and Canada. He is a regular guest at fora on Canadian and Quebec studies around the world.