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Soutenance de la thèse d’Alexandre Turgeon : 10 juillet à l’Université Laval

Robert La Palme et les origines caricaturales de la Grande Noirceur duplessiste : conception et diffusion d'un mythistoire au Québec, des années 1940 à nos jours Alexandre Turgeon Doctorat en histoire 10 juillet 2015 13h00 Charles-De Koninck, 3244 Directeur de recherche : Jocelyn Létourneau Codirecteur de recherche : Dominic Hardy Président de soutenance : Zita De Koninck Examinateur externe : Martin Meunier Examinateur : Lucia Ferreti Examinateur : Jarrett Rudy

Robert La Palme et les origines caricaturales de la Grande Noirceur duplessiste : conception et diffusion d’un mythistoire au Québec, des années 1940 à nos jours
Alexandre Turgeon
Doctorat en histoire
10 juillet 2015 13h00
Charles-De Koninck, 3244
Directeur de recherche : Jocelyn Létourneau
Codirecteur de recherche : Dominic Hardy
Président de soutenance : Zita De Koninck
Examinateur externe : Martin Meunier
Examinateur : Lucia Ferreti
Examinateur : Jarrett Rudy

Avec la Révolution tranquille, la Grande Noirceur occupe une place de choix dans l’imaginaire collectif des Québécois. Ces deux mythistoires articulent une conception dichotomique du passé québécois où l’année 1960 apparaît comme une fracture entre deux temps et deux mondes, entre un Avant sombre et un Après lumineux. Cette thèse s’intéresse aux origines caricaturales de la Grande Noirceur duplessiste. Jusqu’ici, les chercheurs qui ont abordé la question des mythistoires constitutifs du Québec moderne se sont surtout arrêtés aux discours des intellectuels regroupés au sein du journal Le Devoir, de la revue Cité Libre et de la Faculté des Sciences sociales de l’Université Laval. Pour notre part, nous mettons en lumière la contribution du caricaturiste Robert La Palme dans la conception et la diffusion du mythistoire de la Grande Noirceur duplessiste au Québec.

LaPalme Caricature Grande noirceur Alexandre Turgeon

Robert La Palme est l’un des plus éminents caricaturistes que le Québec ait connus. Entre 1939 et 1962, à l’emploi des plus importants journaux canadiens-français de l’époque, il présente sa vision caustique de l’actualité. Au fil des ans, quantité de personnages de tous horizons et milieux politiques et culturels se sont retrouvés dans le grand théâtre qu’est son œuvre satirique. Mais nul n’a autant retenu l’attention de l’artiste que Maurice Duplessis, chef de l’Union nationale et premier ministre de la province de Québec de 1936 à 1939, puis de 1944 à 1959 jusqu’à sa mort. Dans des centaines de caricatures, La Palme prend un malin plaisir à caricaturer l’homme et son « régime », ses idées et ses convictions, ses actes et ses prises de position. Ce faisant, le caricaturiste produit quelques-unes des images d’Épinal de la Grande Noirceur duplessiste.

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Sous l’angle du caricaturiste Robert La Palme, cette thèse étudie les processus de production et de circulation des discours qui portent sur la Grande Noirceur duplessiste depuis les années 1940. Nous montrons que Robert La Palme tient un discours original sur la Grande Noirceur duplessiste. Sa contribution la plus importante à cet effet est certainement la formule « Toé, tais-toé! », que le caricaturiste est le premier à mettre dans la bouche de Maurice Duplessis. Cette formule est, depuis, devenue l’un des fleurons de ce mythistoire. D’autres discours sur la Grande Noirceur duplessiste ont recours aux caricatures de La Palme. Deux brochures électorales du Parti libéral provincial ainsi que des manuels scolaires, une exposition muséale et une synthèse historique ont retenu notre attention. Dans les années 1940 et 1950, le Parti libéral provincial recourt aux caricatures de La Palme pour répondre à la démagogie de l’Union nationale. Quand la caricature ne sert pas carrément de discours politique, celui-ci prend les traits de la caricature. Depuis les années 1980 enfin, les caricatures de Robert La Palme ont été utilisées pour des motifs éducatifs, commémoratifs et historiques afin de renforcer le mythistoire de la Grande Noirceur duplessiste.

LaPalme Caricature Grande noirceur Alexandre Turgeon 3

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« Commençons par les essais à fort potentiel polémique. »

Parution de « « Toé, tais-toé! » et la Grande Noirceur duplessiste. Genèse d’un mythistoire »

Alexandre Turgeon, « “Toé, tais-toé!” et la Grande Noirceur duplessiste. Genèse d’un mythistoire », Histoire sociale/Social History, vol, 46, no 92 (novembre/November 2013), p. 367-396.

Résumé:

« Toé, tais-toé! » aurait lancé Maurice Duplessis à Antoine Rivard, à l’été 1958. Dans cette formule se cristallisent trois idées-forces du mythistoire de la Grande Noirceur duplessiste, soit l’autoritarisme de Duplessis, l’asservissement de ses collaborateurs et un climat malsain pour la presse. Or, il s’agit d’un faux, le caricaturiste Robert La Palme étant le premier à lui mettre ces mots à la bouche. Dans cet article sont étudiés les processus par lesquels le pouvoir évocateur de l’image a permis à la formule de s’imposer dans un court laps de temps dans le discours social. Il s’agit de voir comment s’est effectué ce passage d’une formule à une autre et d’un état, d’un média à un autre, en quoi le format même de la caricature a pu favoriser ces différents passages et permis au fictif de passer pour vrai dans le Québec d’après-guerre.

Abstract:

“Toé, tais-toé!” Maurice Duplessis is reported to have hurled at Antoine Rivard in the summer of 1958, brusquely ordering him to “shut up.” This stock phrase encapsulates three of the key aspects of the historical myth surrounding the “Great Darkness” of the Duplessis era, namely the premier’s authoritarianism, the subservience of his entourage, and the unhealthy climate that reigned for the media. However, this incident is in fact a fiction, with caricaturist Robert La Palme being the first to put these words into his mouth. This article examines the processes by which the evocative power of the image propelled this phrase into the social discourse within a short period of time. The focus is on determining how shifts from one phrase to another and one state and media to another occurred and how the caricature format itself promoted these different shifts and allowed the fictional to be perceived as true in postwar Quebec.

Accès réservé aux abonnés :  http://muse.jhu.edu/journals/histoire_sociale_social_history/toc/his.46.92.html

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Lettre ouverte signée Raphaël Gani

Les ministres Marie Malavoy et Pierre Duchesne ont annoncé que l’enseignement de l’histoire du Québec sera revu de fond en comble en 2013-14. Ils justifient cette réforme notamment par l’ignorance des jeunes envers les moments fondateurs du Québec. Or, coup sur coup, quand des chercheurs demandent à de jeunes Québécois de raconter l’histoire du Québec, la majorité des réponses obtenues sont éclairées par le phare de la Conquête. La guerre de la Conquête est l’évènement le mieux mémorisé, et celui qui est le plus chargé émotivement (négatif). Pour paraphraser l’historien Guy Frégault, c’est lors de la Conquête que le peuple canadien fût brisé : cette interprétation est dominante aujourd’hui. Les jeunes et les moins jeunes jugent la Conquête comme la cassure dans le parcours de la collectivité québécoise. Une dizaine de chercheurs arrive à ce constat. Il est étayé depuis 2002 au sein d’une thèse de doctorat, trois mémoires de maîtrise, un livre et deux articles savants. Non encore publiées, des données récoltées au Musée de la civilisation et au Moulin à paroles corroborent aussi ce constat. Ces travaux réfutent un argument fondamental qui justifie la réforme de l’enseignement de l’histoire du Québec.

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« Robert LaPalme n’est pas mort. Quand la caricature permet de renforcer le mythistoire de la Grande Noirceur (1984-2009) », Québec Studies, Special Issue (Fall 2013). À paraître.

 

Parution prochaine d’un article signé Alexandre Turgeon.

Dans cet article, nous montrerons comment les caricatures de Robert LaPalme sont utilisées comme source historique au sein de trois supports – le manuel d’histoire, l’événement commémoratif et la synthèse historique – pour entretenir, voire renforcer, le mythistoire de la Grande Noirceur, alors qu’au même moment, l’historiographie sur le Québec de l’après-guerre ne cesse de se renouveler, que de plus en plus de voix s’élèvent pour dépasser le concept, séducteur mais réducteur, de la Grande Noirceur. En nous penchant sur ces supports qui ont la particularité d’agencer et d’organiser les caricatures de LaPalme dans un but réfléchi, nous verrons comment l’œuvre du caricaturiste est actualisée, c’est-à-dire comment ses caricatures y sont utilisées ou interprétées et comment il est possible pour la caricature d’agir ainsi sur un mythistoire aussi puissant que celui de la Grande Noirceur.

Robert LaPalme (1908-1997)

Robert LaPalme (1908-1997)