Tag Archives: mémoire collective

Trois textes écrits par Jocelyn Létourneau

Publication du mémoire de maîtrise de Raphaël Gani

Raphaël Gani, Comment résumeriez-vous l’histoire de votre pays? Enquête auprès de Canadiens, d’Américains, de Britanniques et de Français (2011), mémoire de maîtrise (histoire), Université Laval, 2014, 140 p.

Tirant profit d‘une enquête inédite et d‘un cadre comparatif original, nous entendons révéler la représentation de l’histoire nationale chez 5 425 résidents de pays occidentaux. Des Canadiens, des Américains, des Britanniques et des Français ont résumé l‘histoire de leur pays en quelques phrases. Sont d‘abord analysés les personnages, événements et idées structurantes employés, puis la manière dont ces éléments s‘intègrent au sein d‘une trame historiale. D’après la première analyse, les guerres sont les événements les plus mentionnés dans tous les pays de l‘enquête. De plus, la majorité des répondants utilisent l’une des trames historiales suivantes pour résumer l‘histoire : la trame de la contrainte, celles du déclin, de l’ambivalence, ou de la neutralité – et les plus populaires – celle du progrès et la trame des forces. Notre travail élabore une typologie novatrice pour décrire la manière dont les gens perçoivent l’histoire de leur pays.

D’autres publications.

Introductions : Measuring History / Quantifier l’histoire

Les jeunes savent sans connaître

Des nouvelles de la Catalogne

Piloté par Jocelyn Létourneau, le projet “Raconte-moi l’histoire du Québec” vise à mieux comprendre comment les jeunes Québécois interprètent leur passé collectif. Des chercheurs ont adapté ce projet pour cerner les perceptions de l’histoire de la Catalogne. Un article récent relate leurs premiers résultats : Marta Gómez Domingo, Quina Història de Catalunya s’aprèn a l’educació primària?

Voici le questionnaire utilisé en Catalogne.

questionnaire catalogne

Parution prochaine

Paraîtra prochainement un article coécrit par Jocelyn Létourneau, Raphaël Gani et Stéphane Lévesque à propos de la mémoire de la Conquête chez les Québécois.

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La relation complexe des Québécois avec leur histoire (2011)

D’un côté, on dit que les Québécois ont un problème avec leur passé, qu’ils ne l’aiment pas au point d’en avoir honte. De l’autre, on soutient que la jeunesse montante, ignorante de l’histoire de sa société parce que butant sur des questions de faits et de dates, se détache graduellement du passé collectif pour se recroqueviller dans ses ego identitaires. De manière générale, on prétend que le monde n’en a que pour le présent et que le passé fout le camp. On se demande à partir de quelle plateforme ces briques sont lancées dans la mare de la discussion publique.

[…]

 

Révolution tranquille? L’ignorance pleine de l’histoire du Québec contemporain

Texte inédit de Raphaël Gani.

Le gouvernement Marois veut rendre obligatoire au cégep un cours d’histoire nationale du Québec contemporain. Homme important dans ce dossier, Mario Beauchemin est le président la Fédération des enseignants de cégeps (CSQ), dont les membres appuient l’idée de Mme Marois. Dans une entrevue accordée à une journaliste du Soleil, Beauchemin justifie ainsi la nécessité d’un cours obligatoire d’histoire du Québec : « Interrogez les étudiants sur la Révolution tranquille ou l’industrialisation et ils n’auront aucune idée quoi répondre ». 

Il s’adonne que plusieurs chercheurs ont interrogé des cégépiens sur cette question. Leurs études montrent que Beauchemin, comme d’autres, exagère l’ignorance des jeunes à l’égard de l’histoire nationale.

Mario Beauchemin dit que les jeunes ignorent des périodes importantes de leur histoire nationale. Ce type d’affirmations est galvaudé depuis une centaine d’années par ceux qui veulent réformer l’enseignement de l’histoire. Pour valider son affirmation, Beauchemin propose d’interroger les jeunes sur la Révolution tranquille. Par chance, depuis 2004, des chercheurs ont effectivement sondé les jeunes Québécois à ce sujet.

Ces chercheurs passent en dessous du radar médiatique. Leurs études sont disponibles sous forme de mémoire de maîtrise ou d’articles scientifiques. Coup sur coup, leurs études illustrent que les jeunes ont une ignorance pleine plutôt que vide de la Révolution tranquille. La plupart des jeunes ne connaissent pas les moindres détails des années 1960 au Québec. Ils possèdent plutôt une vision d’ensemble de la Révolution tranquille. Loin d’être anodine, cette représentation du passé influence leur regard sur la société actuelle. Entre 2004 et 2012, pas moins de cinq études, menées par des chercheurs distincts arrivent à ces mêmes conclusions.  En voici trois exemples.

En 2004, Francine Audet, une étudiante de l’Université Laval, interroge 277 cégépiens à l’aide de l’invitation suivante : « Raconte-moi l’histoire du Québec. » Elle récolte des réponses dans cinq régions du Québec. Près de 40% des membres de son échantillon font allusion de près ou de loin à la Révolution tranquille. Les réponses des jeunes sont loin d’être vides de sens : « L’avènement de la Révolution tranquille est véritablement le point de départ du peuple québécois »;  « Le Québec fut une nation de pauvres illettrés dominés par les Anglais jusqu’à son réveil en 1960 ».

Aussi en 2004, Marie-Laure Julien, une étudiante de l’Université du Québec à Montréal, demande à 166 cégépiens d’expliquer à un parent ou un ami « l’histoire du Québec en général ». Les cégépiens sont localisés dans quatre régions du Québec. Selon Julien, la Révolution tranquille est une des périodes historiques les mieux mémorisées par les répondants. Voici deux exemples de réponses : « Une histoire pourrie jusqu’à la Révolution tranquille de 1960 sous Jean Lesage» et « La Révolution tranquille fut un tournant déterminant dans l’histoire au Québec parce qu’elle nous a donné le Québec tel qu’on le connaît». Encore là, des réponses riches de sens.

La Révolution tranquille est structurante dans la mémoire des Québécois, notamment chez les utilisateurs de Twitter, qu’on sait pour la plupart être des jeunes. Lors de la dernière campagne électorale provinciale, Alexandre Turgeon de l’Université Laval a recensé sur Twitter toutes les occurrences du terme Révolution tranquille. Jeunes et moins jeunes, ils sont nombreux à faire mention de l’« équipe du tonnerre » des péquistes, de la nécessité d’une nouvelle Révolution tranquille, l’opposée d’une « Grande noirceur ». Ces élections se sont déroulées sur fond de conflit étudiant. D’ailleurs, pendant ce conflit, plusieurs jeunes ont invoqué les acquis de la Révolution tranquille dans le port du carré rouge.

Le gouvernement péquiste et Mario Beauchemin veulent pour le  cégep un cours obligatoire d’histoire nationale du Québec contemporain . Ignorent-ils ce que les jeunes cégépiens savent en la matière? Aussi imparfait soit-il, ce savoir historique mérite d’être considéré à sa juste valeur dans la réforme proposée.

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Cerner la conscience historique des jeunes

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Létourneau à la radio