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Révolution tranquille? L’ignorance pleine de l’histoire du Québec contemporain

Texte inédit de Raphaël Gani.

Le gouvernement Marois veut rendre obligatoire au cégep un cours d’histoire nationale du Québec contemporain. Homme important dans ce dossier, Mario Beauchemin est le président la Fédération des enseignants de cégeps (CSQ), dont les membres appuient l’idée de Mme Marois. Dans une entrevue accordée à une journaliste du Soleil, Beauchemin justifie ainsi la nécessité d’un cours obligatoire d’histoire du Québec : « Interrogez les étudiants sur la Révolution tranquille ou l’industrialisation et ils n’auront aucune idée quoi répondre ». 

Il s’adonne que plusieurs chercheurs ont interrogé des cégépiens sur cette question. Leurs études montrent que Beauchemin, comme d’autres, exagère l’ignorance des jeunes à l’égard de l’histoire nationale.

Mario Beauchemin dit que les jeunes ignorent des périodes importantes de leur histoire nationale. Ce type d’affirmations est galvaudé depuis une centaine d’années par ceux qui veulent réformer l’enseignement de l’histoire. Pour valider son affirmation, Beauchemin propose d’interroger les jeunes sur la Révolution tranquille. Par chance, depuis 2004, des chercheurs ont effectivement sondé les jeunes Québécois à ce sujet.

Ces chercheurs passent en dessous du radar médiatique. Leurs études sont disponibles sous forme de mémoire de maîtrise ou d’articles scientifiques. Coup sur coup, leurs études illustrent que les jeunes ont une ignorance pleine plutôt que vide de la Révolution tranquille. La plupart des jeunes ne connaissent pas les moindres détails des années 1960 au Québec. Ils possèdent plutôt une vision d’ensemble de la Révolution tranquille. Loin d’être anodine, cette représentation du passé influence leur regard sur la société actuelle. Entre 2004 et 2012, pas moins de cinq études, menées par des chercheurs distincts arrivent à ces mêmes conclusions.  En voici trois exemples.

En 2004, Francine Audet, une étudiante de l’Université Laval, interroge 277 cégépiens à l’aide de l’invitation suivante : « Raconte-moi l’histoire du Québec. » Elle récolte des réponses dans cinq régions du Québec. Près de 40% des membres de son échantillon font allusion de près ou de loin à la Révolution tranquille. Les réponses des jeunes sont loin d’être vides de sens : « L’avènement de la Révolution tranquille est véritablement le point de départ du peuple québécois »;  « Le Québec fut une nation de pauvres illettrés dominés par les Anglais jusqu’à son réveil en 1960 ».

Aussi en 2004, Marie-Laure Julien, une étudiante de l’Université du Québec à Montréal, demande à 166 cégépiens d’expliquer à un parent ou un ami « l’histoire du Québec en général ». Les cégépiens sont localisés dans quatre régions du Québec. Selon Julien, la Révolution tranquille est une des périodes historiques les mieux mémorisées par les répondants. Voici deux exemples de réponses : « Une histoire pourrie jusqu’à la Révolution tranquille de 1960 sous Jean Lesage» et « La Révolution tranquille fut un tournant déterminant dans l’histoire au Québec parce qu’elle nous a donné le Québec tel qu’on le connaît». Encore là, des réponses riches de sens.

La Révolution tranquille est structurante dans la mémoire des Québécois, notamment chez les utilisateurs de Twitter, qu’on sait pour la plupart être des jeunes. Lors de la dernière campagne électorale provinciale, Alexandre Turgeon de l’Université Laval a recensé sur Twitter toutes les occurrences du terme Révolution tranquille. Jeunes et moins jeunes, ils sont nombreux à faire mention de l’« équipe du tonnerre » des péquistes, de la nécessité d’une nouvelle Révolution tranquille, l’opposée d’une « Grande noirceur ». Ces élections se sont déroulées sur fond de conflit étudiant. D’ailleurs, pendant ce conflit, plusieurs jeunes ont invoqué les acquis de la Révolution tranquille dans le port du carré rouge.

Le gouvernement péquiste et Mario Beauchemin veulent pour le  cégep un cours obligatoire d’histoire nationale du Québec contemporain . Ignorent-ils ce que les jeunes cégépiens savent en la matière? Aussi imparfait soit-il, ce savoir historique mérite d’être considéré à sa juste valeur dans la réforme proposée.

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« Révision du programme d’histoire: Malavoy préfère l’avis d’experts pro-question nationale »

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Jocelyn Létourneau, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire du Québec contemporain à l’Université Laval, se dit désappointé de la «mise au rancart du comité». Celui qui croit que la question nationale ne doit pas être «le soleil autour duquel toutes les planètes du passé québécois doivent orbiter» n’avait pas l’intention, dit-il, de bousiller les efforts ministériels. «Je n’aurais pas accepté d’y participer dans le simple but de le saborder», fait-il valoir. Il croit par ailleurs qu’il y a «matière à inquiétudes» avec la nouvelle forme de consultation choisie par la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy.
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Jocelyn Létourneau, l’enseignement de l’histoire, la Coalition pour l’histoire et le Parti Québécois

Cette semaine, la journaliste du Devoir Lisa-Marie Gervais a interrogé Jocelyn Létourneau à propos de la réforme du programme d’enseignement de l’histoire du Québec. Voici un court extrait de l’article produit par Mme Gervais et publié hier.

Le ministère de l’Éducation a créé le mois dernier un groupe de travail pour revoir le programme de l’enseignement de l’histoire du Québec à l’école. Mais ses travaux ne sont pas encore commencés que, déjà, les historiens se disputent sur sa composition et ses orientations, a appris Le Devoir.

Présidé par le sous-ministre Alain Veilleux, le groupe est formé de didacticiens, d’universitaires et d’historiens de toutes allégeances, francophones comme anglophones, notamment la spécialiste de l’histoire des femmes, Micheline Dumont, le professeur de McGill, Paul Zanazanian, et le didacticien et romancier Jean-Pierre Charland. La moitié des dix membres du comité font partie de la Coalition pour l’histoire, bien connue pour critiquer l’actuel programme, qui évacue, selon elle, des pans de l’histoire nationale québécoise.

Ce groupe de travail, qui doit formuler des recommandations à la ministre de l’Éducation Marie Malavoy « quant aux orientations à donner à l’enseignement de l’histoire au primaire et au secondaire », devait se réunir une première fois le 7 février, mais la réunion a été annulée. Depuis, c’est le silence radio, ont confirmé plusieurs personnes nommées sur ce comité ministériel.

Cette démarche de la Coalition pour l’histoire ne fait pas l’affaire de tous. Jocelyn Létourneau, professeur au Département d’histoire de l’Université Laval, la juge « outrageante ». « C’est un mépris, pas juste pour moi, mais pour tous les membres du comité », a-t-il dit, affirmant n’avoir rien su de cette rencontre la semaine prochaine de la Coalition avec Mme Malavoy. « La ministre va peut-être nous arriver en nous disant que notre groupe de travail est fini. Elle va le saborder après avoir eu la représentation de la Coalition. »

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Publication de « Les Québécois sont-ils souverainistes? : Étude sur le comportement électoral des Québécois de 1970 à 1994 »

Mémoire de maîtrise de François Roy.

En 1970, les Québécois se retrouvent pour la première fois dans des élections où se présente un parti souverainiste. Durant les années 1970, l’option souverainiste accroît sa popularité dans l’électorat. Au même moment, le Parti libéral du Canada reste le favori des Québécois. Sur cette base, on peut dire que ces derniers ont une attitude assez ambiguë relativement à leur choix – si ce n’est à leur avenir – politique. En effet, ils appuient un parti fédéraliste réputé centralisateur sur la scène fédérale et un parti souverainiste prônant la sécession sur la scène provinciale ! Dans le présent travail, on observe le comportement électoral des Québécois durant la période 1970 et 1994. La question suivante, simplement énoncée mais on ne peut plus difficile à résoudre, est au centre de nos préoccupations : les Québécois sont-ils souverainistes ? Pour avancer dans notre compréhension des choses, nous avons analysé plusieurs campagnes électorales en fouillant les résultats de sondages et en nous appuyant sur une documentation composée principalement d’articles de journaux, mais aussi de monographies et d’études.

Lien vers le mémoire.